Hommage à Monsieur Georges Blume

L’audience solennelle de rentrée du 21 janvier 2019 a connu un moment fort : un nom a été donné à la salle d’audience du tribunal de grande instance, désormais salle Blume.

Extraits du discours du Président du tribunal Hervé Henrion :

 « Monsieur le Greffier en Chef Georges Blume,

 Elie Wiesel écrivait “la nuit vient ? Le jour viendra. L’obscurité porte la promesse de la lumière”. N’est-ce pas là le sens profond de votre vie, cette quête permanente de lumière sur un chemin ravagé par l’obscurité et l’obscurantisme ?

 Voici « l’aube » : vous êtes né le 27 février 1882 à Verdun d’un père notaire avant d’entamer des études de droit et une carrière de greffier en chef au tribunal civil de Verdun.

 Premier « nocturne tragique » : vous avez été mobilisé pendant la Première Guerre comme adjudant au 120ème Régiment d’Infanterie Territoriale avant de subir les orages d’acier en combattant dans la Woëvre en 1916. Votre jeune frère, le Docteur Henry Blume mourra sur le front de Souville le 22 février 1916 en portant secours à un soldat gravement touché.

Voici « l’aube nouvelle » : après la guerre, vous reprenez vos activités professionnelles auxquelles s’ajoutent les fonctions de Conseiller municipal. Homme de culture vous avez été Président de la société de musique et Président de la Société Philomathique. Vous avez publié en 1926 un petit livre érudit s’intitulant “Histoire sommaire de la Justice à Verdun”, que chacun de nous doit avoir lu. C’est avec émotion que je cite vos propos introductifs dans lesquels vous expliquez les raisons qui vous ont poussé à prendre la plume. Les voici : “C’est pour conserver encore un peu le souvenir de mon vieux tribunal que j’ai écrit ces quelques lignes et en les terminant qu’il me soit permis de dire tout le chagrin que j’ai eu à le quitter”. Cela montre que vous aimiez Verdun, ses institutions, son patrimoine et les Verdunois ; que vous étiez un Homme engagé  au service de la collectivité et de l’Autre avec un grand “A”, un homme pour qui l’engagement et les valeurs républicaines sont résolument une éthique de vie.

Second « nocturne tragique » : vous avez été contraint de vous réfugier à Toulouse après l’arrivée de l’occupant nazi, ville dans laquelle vous avez été le Président de l’Union des Réfugiés Meusiens, dès 1941. Ce nouvel engagement vous l’avez pris au péril de votre vie dans ce semblant d’Etat qui se disait français mais qui n’était pas la France. Votre arrestation est intervenue car vous avez pris en charge la défense d’un réfugié meusien incarcéré. Le 30 juillet 1944, vous avez été déporté de Toulouse à Buchenwald dans le convoi n° 81.  La barbarie nazie a sacrifié votre dignité en vous affublant du numéro 69542 et du triangle rouge des prisonniers politiques français juifs. Une belle personne comme vous, avec sa foi républicaine et son amour du prochain, ne pouvait pas résister bien longtemps au paroxysme de l’inhumain. La maladie vous a vaincu le 29 septembre 1944. Votre épouse, qui a été déportée le même jour que vous à Ravensbrück,  est décédée un peu plus tard en 1945.

Votre destin personnifie la pensée d’Elie Wiesel qui se fondant sur son vécu de déporté, estimait que dans les camps “tout tendait vers une fin : l’homme, l’histoire, la littérature, la religion, Dieu. Il ne restait rien. Pourtant nous recommençons avec la Nuit”.  

La flamme du souvenir s’est allumée, votre nom figure sur le monument aux enfants de Verdun morts pour la France et à partir d’aujourd’hui sur la plaque commémorative à côté de la porte de cette salle. Désormais, votre nom sera prononcé tous les jours par les magistrats, par les fonctionnaires, par les avocats et par les justiciables. Ainsi, vous serez parmi nous dans ce tribunal et pour la République. L’été dernier, nous avons avec Monsieur le procureur sollicité le directeur du Mémorial de la Shoah pour obtenir des informations pour votre famille à la demande de votre petit-fils François Williams ; cette démarche a porté ses fruits. Nous avons pu remettre à vos descendants quelques bribes de votre passé. Mais notre démarche aura surtout permis au Mémorial de se rendre compte que votre nom était mal orthographié sur le Mur des Noms ; “BLUME sera donc prochainement réécrit avec un “E” qui n’apparaît pas à ce jour. Une cérémonie sera organisée à Paris le 20 janvier 2020. 

Votre portrait a pris place dans cette salle et je m’engage à faire allumer en votre mémoire une bougie le 29 septembre de chaque année. Votre regard doux et bienveillant croise celui de notre Marianne libertaire et cubique et symboliquement vous ferez corps avec notre belle devise républicaine : “liberté, égalité, fraternité”.

Cette liberté dont vous connaissez la valeur jusque dans votre chair car vous avez donné votre vie pour elle ; cette égalité dont vous avez été cruellement privé à cause de votre sang juif ; cette fraternité qui a fait et qui fera toujours votre grandeur d’âme vouée à l’Eternité.

A l’heure où trop de jeunes succombent à la folie nihiliste, il est fondamental de rappeler que des grands Hommes comme vous étaient prêts à sacrifier leur vie pour leurs idéaux républicains ».